LES FOURNISSEURS D'ACCÈS A INTERNET
Introduction
I. Le modèle économique
traditionnel
I.1 Le role du FAI
dans la filière Internet
I.2 La viabilité
du modèle
II. La diversification des
modèles économiques
II.1 Le modèle
économique des FAI gratuits
II.2 La fin de l'Internet
gratuit ?
Conclusion
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INTRODUCTION
On compte aujourd'hui plus de 250 fournisseurs
d'accès à Internet (FAI) en France, opérateurs dont
la mission essentielle est de faire accéder l'individu à
l'ensemble de réseaux que constitue Internet. Les derniers mois
ont été marqués par une prolifération d'offres
plus attrayantes les unes que les autres, en particulier du coté
des fournisseurs d'acces gratuits (voir le comparatif
des offres du journal du net). Et tandis que certains arrivent en masse
sur le marché, certains des plus anciens peuvent se permettre de
d'absorber des géants comme Time Warner... (AOL a été
créé en 1991).
Ce foisonnement d'offres semble suggérer que
les FAI sont un enjeu stratégique majeur dans l'économie
d'Internet. Une étude du modèle économique régissant
ces acteurs permet de prendre la mesure de cet enjeu. Il est convenu d'appeler
modèle économique une structure de couts et de revenus dans
une industrie donnée. La reconnaissance de la place centrale du
FAI dans la filière Internet fait de celui ci un objet de convoitise
alors meme que sa rentabilité est loin d'etre assurée. L'enjeu
se situe davantage, désormais, dans un déplacement de la
logique des FAI, à savoir le passage d'un role d'intermédiaire
entre l'internaute et Internet à celui d'intermédiaire entre
le consommateur et le commercant.
Ce changement de paradigme correspond à une
remise en cause du modèle économique traditionnel des FAI,
dont nous présenterons les principales caractéristiques avant
de nous interesser aux évolutions en cours.
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I.LE MODELE ECONOMIQUE TRADITIONNEL.
I.1.LE ROLE DES FAI DANS LA FILIERE INTERNET
a) L'acces au réseau.
Segment 1: Boucle locale du réseau téléphonique.
L'abonné est relié à l'un des
points de présence de l'opérateur de transport de données
(POP).
Dans certains cas le lien avec le FAI est direct.
C'est donc à France Télécom
que l'abonné paiera communication, sauf cas de liaisons louées
de la boucle locale radio ou par cable.
Segment 2: Réseau de transport de données.
C'est le lien entre le réseau de télécommunications
locales (France Télécom) et le FAI.
Segment 3: Accès à Internet.
Pris en charge par les FAI.
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Illustration de l'interconnexion entre les FAI (vu en cours):
Internet étant l'agrégation de plusieurs
réseaux, pour qu'un message d'un ordinateur A parvienne à
un ordinateur B dépendant d'un autre réseau, et donc d'un
autre FAI, il doit transiter par différents réseaux, et donc
plusieurs FAI.
Afin de rendre cette multiplicité des réseaux
et de leurs échanges de données invisibles au yeux de l'utilisateur,
les FAI passent entre eux des accords mutuels d'interconnexion. (Not. accords
de Peering)
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b) Les services offerts
En dehors de l'accès direct à Internet, Le FAI prend généralement
en charge de prestations, dont les plus courantes sont:
-
hébergement de pages personnelles et assistants de conception de
sites
-
founiture de contenu, souvent en partenariat avec d'autres médias
-
accès rapide ( Numéris, ADSL)
-
consultation de la messagerie par téléphone, etc...
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I.2. LA VIABILITE DU MODELE
a) Répartition des revenus
d'Internet selon les acteurs
Opérateurs de boucle locale:
France Télécom, qui dispose d'un monopole
en France sur la boucle locale, dégage de loin la part plus important
des revenus, et celle-ci est en croissance permanente. En Juillet 99, le
nombre d'heures total de connexion s'est élevé à 14
millions, ce qui a valu à France Télécom un CA de
210 millions de francs.
Remarque: d'une part certains FAI
préfèrent les opérateurs alternatifs, d'autre part
le dégroupage de la boucle locale imposé par le Conseil
de la concurrence rend son accès possible au FAI. Ceci suite à
la plainte déposée par Club Internet auprès du Conseil
de la concurrence en octobre 99. Les FAI peuvent désormais proposer
une offre ADSL.
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En considérant que l'abonnement mensuel moyen
est de 75FF par internaute, le CA des FAI en juillet 99 établi par
l'AFA (Association des fournisseurs d'accès Internet en France)
était d'environ 60 millions de francs. La part du revenu d'internet
dégagé par les FAI est donc minime par rapport à celle
de France Télécom.
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b) structure
des couts et des revenus
-
Le paradoxe de l'économie des FAI tient au fait que, si France Telecom
engrange les profits du trafic internet, ce sont les FAI qui en supportent
le cout. En effet, plus de 50% des charges sont affectées au marketing
(dues à l'intensité concurrentielle du secteur), et au support
technique (hotline) qui nécessite le recrutement de personnels qualifiés.
-
Dans ce modèle économique de base, les revenus proviennent
pour l'essentiel de la facturation au client, qui peut s'effectuer par
abonnement classique, abonnement avec limitation de la durée, abonnement
forfaitaire, facturation à la durée. Les autres sources de
revenus sont la revente de bases de données et les reversements
sur les télécommunications, meme si ces revenus sont marginaux
dans le modèle traditionnel, tandis qu'ils sont la pierre angulaire
des nouvelles offres.
Il est donc difficile de parler d'un modèle,
compte tenu de la diversité des services offerts , des infrastructures
déployées, de la clientèle à laquelle les différents
FAI s'adressent (particuliers, entreprises), du mode de facturation,...Cependant,
ces modèles ont ceci de commun par opposition à ceux qui
vont suivre qu'ils ne prennent pas en compte l'ensemble des synergies possibles
dans la filière Internet dans leur structure de couts et de financement.
Globalement, le métier de base de fournisseur
d'accès Internet est un métier à faible valeur ajoutée
si l'on considère que France Télécom est en fait le
vrai bénéficiaire du développement de l'accès
à Internet. La bataille qui a lieu en ce moment pour le contrôle
de la fourniture d'accès Internet se base donc sur d'autres raisons
que la simple rentabilité financière. Les fournisseurs d'accès
sont en fait un maillon clé de la chaine de valeur de l'information,
et peuvent servir à bien d'autres choses qu'à simplement
fournir des accès Internet.
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II. LA DIVERSIFICATION DES MODÈLES
ÉCONOMIQUES
L'identification de nouveaux modes de
rémunération a fait éclater le modèle économique
traditionnel des fournisseurs d'accès. Il faudrait en fait, à
l'instar de la langue anglaise, établir un distinguo entre fournisseurs
d'accès à Internet (IAP-Internet Access Provider) et fournisseurs
de services Internet (ISP-Internet Services Provider).
Parmi les services que l'on voit apparaitre
ou se renforcer chez les FAI, on peut citer l'accès rapide (ADSL),
l'hébergement de sites, ou encore le travail visant à soigner
le contenu afin de mettre en place de véritables portails.
La nécessité de diversifier
les offres et les services proposés a été accentuée
par l'apparition sur le marché de fournisseurs d'accès gratuits
qui ont su rapidement concurrencer les offres des fournisseurs traditionnels.
| FAI |
Nombre d'abonnés au 31/12/99 |
| Wanadoo |
1 100 000 |
| Libertysurf |
610 000 |
| Free |
510 000 |
| AOL |
450 000 |
| Club Internet |
380 000 |
(Source Le Figaro 14/1/00)
Deux FAI gratuits se sont placés
dans les cinq premiers du marché, alors qu'ils ne sont apparus en
France qu'en mai 1999 .Il faut relativiser ces chiffres, puisque certaines
personnes s'abonnent sans effectivement surfer sur Internet. Ainsi, il
n'y aurait en fait que 340 000 personnes à utiliser régulièrement
leur abonnement à Libertysurf. Il n'en reste pas moins que ceci
a obligé les FAI traditionnels à réagir.page
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II.1 LE MODÈLE ÉCONOMIQUE DES FAI GRATUITS
C'est un modèle complètement différent
puisque le chiffre d'affaires du provider n'est pas généré
directement par le client. Il existe quatre sources de revenus pour les
FAI gratuits. Ces revenus ne s'appliquent pas qu'aux FAI gratuits mais
ils n'avaient pas été bien identifiés par les FAI
traditionnels avant l'arrivée de la concurrence gratuite, et c'est
en cela que les fournisseurs gratuits ont bouleversé le paysage
de l'Internet francais.
a) la hotline
La hotline, c'est à dire le centre d'appels pour
une assistance technique, est un poste coûteux pour les FAI traditionnels.
Les FAI gratuits placent leur hotline sur des numéros payants, ce
qui leur permet de générer des recettes là où
les autres dépensent de l'argent, mais aussi d'attirer des internautes
confirmés et donc plus assidus sur le web. Cependant, une hotline
payante ne permet pas d' assurer suffisamment de revenus aux FAI gratuits.
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b) la publicité
Le FAI peut "incruster" des publicités
sur toutes les pages consultées par l'internaute. Ceci est en général
mal vu par les internautes et est contraire à la "nétiquette".
C'est pourquoi seul Freesbee le fait actuellement.
Le FAI peut communiquer les adresses électroniques
de ses abonnés à des entreprises ayant recours au "spamming"
(envoi de publicités par e-mail). C'est également contraire
à la "nétiquette", et les sites ayant recours à ces
pratiques sont parfois "black listés".
Enfin, le FAI peut placer des bandeaux publicitaires
sur son propre site, qui devient un portail. Dans les CD-ROM de connexion
à Internet, la home page du fournisseur d'accès est
configurée pour etre la page d'accueil lorsque l'internaute se connecte.
Des études indiquent que 30% des utilisateurs ne changent pas leur
page d'accueil, si bien que le site du FAI peut devenir le sésame
pour une galerie commerciale virtuelle. Ceci renforce l'importance du contenu
du site du FAI, et explique les phénomènes d'intégration
verticale auxquels on assiste entre FAI et groupes de mass media
(AOL-Time Warner, groupe Lagardère et Club-Internet,...) ou encore
l'achat de portails par les FAI (Libertysurf et Nomade).
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c) la commercialisation ou l'exploitation
par une société-soeur des fichiers marketing
Les FAI ont accès à une information
privilégiée sur les utilisateurs d'Internet. Ils connaissent
en effet leur nom, leurs coordonnées bancaires, leurs adresses électroniques
et surtout leurs gouts puisqu'ils ont savent quelles pages ont été
visitées par les abonnés. Ces fichiers peuvent etre utiles
pour les entreprises, en particulier celles qui envisagent de se lancer
dans le commerce électronique, et leur permettent de mieux cibler
leur clientèle et de faire du marketing direct (One to One). Ainsi,
aux USA, NetZero (3 millions d'abonnés) vient de signer un accord
d'exclusivité avec General Motors pour l'exploitation de ses fichiers,
moyennant 100 millions de dollars.
Une autre possibilité consiste pour les groupes
de grande distribution à mettre lancer leur propre fournisseur d'accès.
C'est le cas par exemple de mageos,
qui appartient à PPR, ou encore de Libertysurf,
propriété du groupe britannique Kingfischer (Darty, ...).
En France, la constitution de fichiers comportant
des informations de nature privée doit faire l'objet d'une approbation
de la CNIL, mais les FAI ne sont guère pressés de déposer
leur dossier, puisque seul Freesbee a constitué son dossier. De
plus, les FAI gratuits ne disposent pas des memes informations, puisque
ils n'ont ni les coordonnées bancaires de leurs clients, ni leurs
noms.
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d) le reversement du prix
de la communication locale
Les FAI se tournent vers des opérateurs
de télécommunications autres que France Telecom, qui leur
reversent une partie du chiffre d'affaires généré
par les connexions à Internet. La logique est la suivante : puisque
les FAI stimulent la consommation de communications téléphoniques
locales, il est normal qu'ils soient à leur tour rémunérés,
comme des "apporteurs d'affaires". Le reversement élevé pratiqué
par les opérateurs britanniques (dix centimes par minute) explique
le succès remporté par les FAI gratuits dans ce pays (dès
juillet 1998, les FAI gratuits se partageaient 66% de ce marché).
En France, l'ART (Autorité de Régulation des Télécommunications)
a limité les reversements à 3,8 centimes par minute, ce qui
compromet le développement de l'Internet gratuit. En fait, l'ART
semble avoir pris cette décision afin d'encourager d'autres formules
encore plus intéressantes pour les consommateurs : les forfaits
Internet + téléphone.
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II.2 LA FIN DE L'INTERNET GRATUIT ?
Comme on a pu le voir dans la partie précédente,
l'environnement économique, réglementaire, ainsi que les
usages de la "nétiquette" sont autant de contraintes pour le développement
d'un modèle économique pour les FAI. Il n'existe donc pas
un modèle unique mais un modèle adapté à ces
différents environnements. On peut à l'heure actuelle en
distinguer trois : un modèle américain, un modèle
britannique et un modèle francais.
a) le modèle américain
Aux Etats-Unis, le marché est caractérisé
par trois phénomènes : le faible cout des communications
locales, l'importance de la "nétiquette", et l'absence de réglementation
sur la protection de la vie privée.
Compte tenu du cout d'accès a la boucle locale,
le développement de l'Internet gratuit est compromis puisque le
reversement serait quasi nul. En revanche, on a vu apparaitre des offres
du type "1 PC offert en échange d'un abonnement de deux ans à
un FAI", à l'image du marketing du minitel dans les années
80 en France.
De plus, il est possible de constituer des fichiers
sur les clients, à condition de respecter une certaine autocensure.
Enfin, les Américains ont été
les premiers à comprendre, AOL en tete, que l'Internet pouvait devenir
un mass media, dont les concurrents ne sont pas les autres FAI mais
les grands réseaux de communication en général. Ainsi,
en janvier 1999, avec 750 000 "spectateurs" en prime time, AOL était
le quatrième mass media américain, derrière
CBS, NBC et ABC, mais devant CNN ou MTV. D'ou la fusion avec Time Warner...
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b) le modèle britannique
En Grande-Bretagne, comme on l'a vu, ce sont les fournisseurs
d'accès gratuits qui tiennent le haut du pavé, grace aux
reversements élevés pratiqués par les opérateurs
de télécommunications. Cependant, le leader Freeserve commence
à perdre des clients, faute de pouvoir assurer une qualité
constante de service en raison de ses moyens limités.
c) le modèle francais
En France, notamment en raison des arbitrages rendus
par l'ART, le modèle qui tend à s'imposer est une offre téléphone
+ Internet. Le principe consiste à acheter en gros des heures de
communication locale à France Telecom. C'est un système de
call
back, c'est à dire que l'ordinateur de l'abonné contacte
le FAI grace à un numéro vert. Celui ci raccroche puis recontacte
l'ordinateur de l'abonné, si bien que c'est le FAI qui est facturé
par France telecom. Ceci permet de proposer des forfaits qui reviennent
bien moins cher aux consommateurs qu'une utilisation équivalente
de sa ligne téléphonique, meme s'il ne paie pas d'abonnement
au FAI.
Ces offres sont en train de proliférer (Club-Internet
: 97F pour 20h, France Telecom : 100F pour 20h). La plus compétitive
est celle de Diligo (100F pour 33h20),
qui ne permet pas de dégager la moindre marge, mais est limitée
dans le temps
En plus de ces forfaits, les FAI commencent à
proposer d'autres services, tels que l'accès rapide par ADSL.
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CONCLUSION
En ce qui concerne le succès de ces
différents modèles, il est difficile d'annoncer quoi que
ce soit avec certitude, meme si tous les fournisseurs d'acces à
Internet doivent avoir le contenu de leur site comme priorité de
développement, avant meme de penser aux offres commerciales.
L'enjeu de la bataille commerciale
que se livrent les FAI est au fond la réussite dans le commerce
électronique, ce qui explique l'appétit des groupes de distribution
pour l'accès à Internet. De là a ce que le fournisseur
d'accès à Internet devienne fournisseur tout court, il ne
reste plus qu'un pas à franchir, à savoir la révision
de la loi Informatique et Libertés. Le dilemme qui se pose au législateur
et à la CNIL est le suivant : faut-il renoncer à la protection
de la vie privée de facon à faire entrer la France plus avant
dans l'ère du marketing électronique ou faut-il rester attaché
avant tout à la conception francaise des libertés individuelles
?